Abraham HADAD

Né en Irak, Abraham HADAD est étudiant aux Beaux-Arts, d'abord à Tel-Aviv dans les années 50, puis à Paris dans les années 60. Il commence par la pratique de l'abstraction lyrique, selon les normes de l'époque, durant une dizaine d'années. Ces études développent en lui un goût pour une matière picturale raffinée qui va laisser une forte empreinte sur ses recherches à venir. Dans les années 1990 il devient professeur à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, où il enseigne les techniques de la lithographie. Vers 1965 sa peinture réintègre donc la figuration et c'est lentement qu'émerge son univers actuel, évoquant une humanité un peu hiératique, aux formes simplifiées et massives, aux yeux candides et interrogateurs, où prédomine la cellule familiale, les familles unies et les couples heureux, univers d'une société comme primordiale, installée dans un confort simple et paisible, avec ses canapés, ses fenêtres ouvertes sur des fontaines, ses miroirs et, au mur, encadrés, ses paysages minimalistes, au bord de l'abstraction, comme un écho des débuts du peintre. Ce qui fait naître la beauté insolite de cette oeuvre, c'est le mariage heureux entre dénuement et raffinement, entre la société de ses personnages aux allures primitives et la suavité chromatique succulente, faite de nacres, de transparences, de matière granuleuse et vibrante, de finesse et de sensualité. Ses toiles sont mûries dans le silence et la méditation. Lors de son arrivée à Paris, la fascination du jeune Hadad va vers les matières charnues, gourmandes, presque alchimiques des plus grands peintres, Hals, Van Gogh, Bacon, mais surtout Rembrandt. Devant Rembrandt, "j'ai compris que l'homme était non seulement le centre, mais le sujet des plus grands chefs-d'oeuvre" dit Hadad dans un entretien. Ailleurs il précise sa démarche : "la peinture ne me sert pas à raconter une histoire, mais à définir une présence". "Chez lui, les hommes et les femmes sont tournés vers l'intérieur, ils enferment en eux la lumière, la force tranquille et la ferveur dont le peintre les charge. Le sujet chez Hadad est un accumulateur d'énergies, un bloc sous pression dont la puissance s'impose d'emblée au regard" a écrit excellemment de lui le peintre Corneille.

 

Xavier Bureau